Focus sur quelques initiatives spécifiques

Focus sur  quelques initiatives spécifiques

 

 7.1 LE PST 3 : UN PLAN DE LUTTE POUR L’ALPHABÉTISATION EN RÉGION WALLONNE

En octobre 2005, dans la foulée du Plan Marshall et dans le
souci d’accompagner davantage les personnes confrontées à
des difficultés d’ordre social, le Gouvernement wallon
approuvait le Plan stratégique transversal n°3 « Inclusion
sociale ».
Parmi les nombreux axes d’intervention développés dans ce
plan, un volet concerne plus particulièrement les personnes
en difficultés de lecture et d’écriture et s’attache à « Lutter
contre l’analphabétisme » en développant 2 volets, l’un
portant sur la détection de l’analphabétisme, l’autre sur
l’augmentation du nombre de places en alphabétisation.
Concernant la détection, le Gouvernement wallon a décidé
que Lire et Ecrire prendrait en charge la sensibilisation des
agents du Forem, des CPAS et des agences privées de placement fréquemment en contact avec le public cible mais
souvent démunis face à une personne confrontée à des difficultés de lecture et d’écriture.
Pour répondre aux objectifs du deuxième volet de l’axe 4 du
PST 3, le Forem a lancé, en juin 2006, un appel à initiatives intitulé Plan Alpha afin de diversifier l’offre de formation en alphabétisation et d’augmenter le nombre de places
de formation appropriées aux besoins des personnes en difficultés de lecture et d’écriture.
Ce plan s’adressait aux opérateurs de formations susceptibles de
proposer des actions d’alphabétisation à un public très éloigné
de l’emploi mises en œuvre par les organismes d’insertion
socioprofessionnelle (OISP), l’enseignement de Promotion
sociale ou encore les organismes d’éducation permanente.

Le contenu des formations devait donner la possibilité aux
stagiaires d’accéder à des formations plus qualifiantes et/ou
d’acquérir le niveau de compétences « CEB » de manière à
poursuivre leurs parcours de formation ou encore à pouvoir
trouver un emploi dans les secteurs requérant un niveau de
qualification peu élevé.
Les actions devaient également s’inscrire dans une démarche
intégrée de façon à privilégier les partenariats et les articulations entre opérateurs, à proposer des formations en alphabétisation et de les alterner avec une formation plus pratique
pour accrocher plus facilement un public pas toujours désireux de dévoiler ses lacunes linguistiques, ni de suivre une
formation intensive en alphabétisation.
Trois axes étaient proposés aux opérateurs désireux d’introduire de nouveaux projets :
Axe 1 -  Alphabétisation du public francophone et non
francophone infrascolarisé
1
Axe 2 - Préparation au CEB
Axe 3 - Apprentissage du français oral (public non francophone infrascolarisé)
Les dossiers devaient être introduits pour le 15 juin 2006 au
plus tard et ont fait l’objet d’une double analyse, l’une par
les Comités subrégionaux de l’emploi et de la Formation en
collaboration avec les directions régionales du Forem et de
l’autre, à un niveau régional par un comité de sélection
chargé de prendre les décisions finales.
112 projets ont été introduits et 61 ont pu être financés.
39 projets portent sur l’axe de l’alphabétisation, 15 sur l’acquisition du CEB et 7 sur l’apprentissage du français comme langue étrangère.
11 écoles de promotion sociale ont vu leur projet agréé
tandis que les autres projets sont principalement portés par
des ASBL comme Lire et Ecrire, le CIEP, Alpha 5000,
COF, Vie Féminine, le Miroir vagabond ou encore Sima…
La plupart des projets ont commencé fin 2006 et se poursuivront tout au long de l’année 2007.  Une évaluation est
prévue fin 2007.
Un autre appel de ce type a été lancé en juin 2007

 

7.2 EQUAL DEMANDEUR-EUSE-S D’ASILE.

“ UNE RÉPONSE AUX NOUVEAUX BESOINS

DE LA SOCIÉTÉ MULTICULTURELLE 

 Depuis mai 2005  Lire et Ecrire Luxembourg et  Lire et
Ecrire Namur développent, avec des partenaires, un projet
pilote Equal qui vise à contribuer à la construction d’une
politique d’accueil incluant la formation des demandeureuse-s d’asile sur un territoire de référence. Ce dernier est
défini en fonction de l’importante « concentration » de
centres d’accueil pour réfugiés et d’initiatives locales d’accueil : le sud du sillon Sambre-et-Meuse de la province de
Namur et la partie nord-centre de la province de Luxembourg.
Concrètement, il s’agit de mettre en place un « maillage »
cohérent, de qualité, d’accueil et de formation (alpha et
apprentissage du français) pour demandeur-euse-s d’asile.
Ce dispositif est adapté aux spécificités des situations rencontrées (durées de séjour courtes ou longues, hébergement
dans une structure petite ou grande, spécificité de l’immigration en milieu (semi-)rural…). Il s’agit donc non seulement d’offrir davantage de formations en français et en
alphabétisation mais aussi de réunir les conditions qui font
que cette formation est de qualité, et accessible par tout
demandeur-euse d’asile.
Résultats
A ce jour, les objectifs atteints sont les suivants :
- Le/la demandeur-euse d’asile qui arrive en ILA ou en
CAO trouve un dispositif de formation en alpha et/ou
en apprentissage du français, de qualité et de proximité
qui tient compte de la personne dans sa globalité
(accueil, formation, groupes de parole, orientation…),
de manière à la rendre « disponible » pour apprendre, en réservant des moments autres que la formation pour
l’expression de la détresse liée à l’exil.
- Une offre de français de qualité pour les demandeureuse-s d’asile est développée ou renforcée selon les
endroits.
- Cette offre est organisée en partenariat, en s’appuyant
sur les ressources de terrain en présence (opérateurs,
ILA, CAO, Promotion Sociale, organismes de santé
mentale…) et sur les expériences acquises.
- Les intervenants pédagogiques et autres (sociaux…)
sont formés et accompagnés pour travailler avec des
personnes dans une optique interculturelle et d’éducation permanente.
- Les différents intervenants coopèrent et se coordonnent
par rapport à ce public spécifique.
- L’offre de formation est plus coordonnée (lieux, niveaux,
accès,…), plus lisible/visible et donc plus cohérente.
- Le bien-être des participant-e-s est plus grand.
- La « modélisation » développée à l’échelle du territoire
de référence – le sud du sillon Sambre et Meuse en Province de Namur et le Nord-Centre de la Province de
Luxembourg – est évaluée, est retranscrite dans un
document complet reprenant les constats de départ, la
méthodologie utilisée et les conclusions et est reproductible à plus large échelle. Une publication est en
préparation

De janvier à décembre 2006, un total de 19982 heures /
apprenants a été réalisé par Lire et Ecrire et a impliqué 10
partenaires sur les provinces de Namur et de Luxembourg.
Pendant cette période, dans ces provinces, 545 apprenant-e-s
demandeur-euse-s d’asile ont bénéficié du projet en suivant
l’une ou l’autre formation d’alphabétisation ou de français
pour non francophones.
Tous les partenaires du projet ont pu réaliser une augmentation de leur offre de formation accessible aux demandeur-euse-s d’asile.
Les structures d’accueil – ILA et Centres d’accueil (CroixRouge et Fedasil) :
Après les premiers contacts, exhaustifs, pris en 2005, l’année
2006 a permis de concrétiser des actions et de répondre à
toutes les demandes formulées par les structures d’accueil.
Sur le territoire de référence,
- Des formations ont été mises en place et/ou renforcées
en collaboration avec 10 centres d’accueil et 25 ILA ;
- Les structures d’accueil qui ne sont pas reprises dans ces
chiffres ont toutes été contactées, mais n’avaient pas de
demandes spécifiques, les raisons les plus fréquentes
invoquées étant : une réponse adéquate à la nécessité de
formation est déjà mise en place et fonctionne bien ;
pour les petites ILA, inoccupation prolongée des places.
Des critères de qualité
Afin d’adapter l’offre de formation au public demandeureuse-s d’asile et plus largement pour contribuer à la
construction d’une véritable politique d’accueil, des critères
de qualité ont été définis et pris en compte. On retrouve
notamment parmi eux:
- Accessibilité : tous les partenaires du projet ont développé leur offre de formation en prenant en compte
cette exigence. Ce sont toujours des offres locales,
accessibles et adaptées qui ont été lancées. Le terme
d’« accessibilité » est à prendre ici au sens large : accessibilité géographique, mais aussi adaptation des horaires,
visibilité et information… 
- Grandes ou petites structures d’accueil : selon que
l’offre est destinée aux demandeur-euse-s d’asile d’un
centre ou d’une ILA, les méthodologies de contact et de
proposition de nouvelles offres de formation étaient
différentes.
- Prise en compte des réalités interculturelles : tous les
formateur-trice-s actif-ve-s dans ce projet avaient déjà
une expérience de travail dans le secteur interculturel et
dans la formation d’adultes, ce qui renforce la qualité
des actions. Par ailleurs, le travail de coordination a
intégré tout au long du projet des moments d’échanges
de pratiques et d’accompagnement, ainsi que la mise en
place de formations en fonction des demandes.
- Un modèle pédagogique adapté : le modèle pédagogique proposé dans le cadre de ce projet est de type non
scolaire, collectif, et favorise la formation à l’extérieur
des structures d’accueil. C’est un modèle pédagogique
qui intègre des contraintes, liées au public demandeur
d’asile. Il s’appuie sur les ressources de chacun-e, avant
son entrée en formation. L’objectif visé est l’apprentissage (alphabétisation et Français Langue Etrangère) :
- par la découverte et la compréhension de l’environnement de chacun-e,
- par le souci de l’implication de chacun-e, individuellement et collectivement,
- par l’attention à l’intégration et à la participation
citoyenne.
- Maillage et modélisation : toutes les actions réalisées se
sont faites en partenariat avec les associations du terrain,
et en fonction des réalités du territoire (fort différentes

selon que l’on travaille dans le Namurois ou dans le
Luxembourg). En dehors des opérateurs d’alphabétisation repris comme « partenaires associés » dans le projet, d’autres opérateurs ont été contactés, mis au courant
du projet, et intégrés dans l’une ou l’autre orientation
ou réflexion. Par ailleurs, comme le démontre l’action de
tous les partenaires sur le terrain, beaucoup de nouvelles pratiques ont été développées et expérimentées. Le
travail de modélisation terminé et retranscrit dans un
document reprend toutes ces démarches partenariales.
La coordination
La coordination du projet s’est faite à plusieurs niveaux,
allant du plus au général au plus local. Elle a également inté-
gré la nécessité d’organiser des échanges de pratiques et des
formations. Des réunions regroupaient différents acteurs
impliqués:  associations d’alphabétisation, les pouvoirs subsidiants, les partenaires associés au projet… Des rencontres
pour les autres opérateurs ont été organisées sur différents
thèmes : pratiques pédagogiques, statuts et procédure,
modules d’accroche…
En Province de Luxembourg, une recherche-action est en
cours depuis avril 2006. Elle vise à vérifier une triple hypothèse, selon laquelle des activités « para-pédagogiques »,
type ateliers de créativité (théâtre, sculpture) et groupes de
parole (récit de vie – exil), venant en renforcement aux formations en alpha et en français pour non francophones,
favorisent :
1) l’apprentissage de la langue
2) l’intégration des demandeur-euse-s d’asile
3) le mieux-être des demandeur-euse-s d’asile
L’originalité de cette recherche-action réside dans le croisement des points de vue (des formateur-trice-s, des animateur-trice-s, des demandeur-euse-s d’asile, des intervenante-s sociales/aux…).
Conclusions
A l’issue du projet, un maillage cohérent et de qualité, composé de nombreux partenaires du secteur de l’alpha et d’ailleurs, s’est construit. Son bon fonctionnement repose sur les
apports de chacun-e et sur le travail collectif coordonné,
enrichi par les échanges de pratiques et d’expériences. Un
document reprenant toutes les étapes de la mise en oeuvre
de ce dispositif de formation figure est disponible auprès de
Lire et Ecrire Wallonie.
Cependant, ce projet Equal-Fedasil arrive à son terme. La
question de la poursuite de cette dynamique collective au
profit des demandeur-euse-s d’asile implique l’obtention
d’un financement structurel pour pérenniser l’expérience.

 

7.3 L’ENSEIGNEMENT À DISTANCE

DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE :

LE COURS ALPHA 203

 
L’Enseignement à Distance dépend de la Direction générale
de l’Enseignement non obligatoire et de la Recherche scientifique du Ministère de la Communauté française.
C’est une administration composée d’une cellule pédagogique qui produit des cours et organise un encadrement pédagogique de ses apprenant-e-s.
Ses missions (décret du 18/12/84) sont les
suivantes :
- organiser un enseignement qui prépare aux épreuves
organisées par le Jury de la Communauté française ;
- organiser un enseignement à l’intention des élèves de
nationalité belge d’expression française résidant en
dehors du territoire de la Communauté ;
- organiser des cours destinés à la formation continuée des
enseignants ;
- organiser des cours jugés nécessaires au développement
de la personnalité pour une meilleure insertion sociale,
professionnelle et scolaire.
Concrètement, l’EAD propose de multiples formations destinées à tous publics : informatique, langues, remise à
niveau en français, mathématiques, histoire, sciences administratives,…
Les raisons de s’y inscrire sont très variées : l’envie d’apprendre une langue étrangère, le besoin de se remettre à niveau
à l’école, le désir de se réinsérer dans sa vie sociale et professionnelle, la nécessité de se perfectionner pour son travail, la
volonté de se préparer à un examen pour travailler dans l’administration ou obtenir son CESS…

C’est dans le cadre de ses missions que l’Enseignement à
Distance rédige une formation en alphabétisation à distance assistée par les TIC.  Le cours ALPHA 203 sera disponible auprès du public dès décembre 2007.
Public cible
Ce cours est destiné à un public jeune ou adulte. L’apprenant-e
doit avoir un niveau de français oral lui permettant la pleine
compréhension des consignes audio. Cette méthode ne
s’adresse donc pas à un public nécessitant une formation FLE.
En plus du niveau de français oral, certains pré-requis ont
été établis en matière de connaissance des chiffres et des lettres de l’alphabet.
Un test sera proposé aux apprenant-e-s lors de l’inscription afin de vérifier la maîtrise de ces pré-requis.
Méthodologie
Le cours ALPHA 203 présente une méthode d’apprentissage de la lecture et de l’écriture progressive qui combine
méthode syllabique et méthode globale.
Ce cours est composé de quatre séries abordant des thèmes
différents de la vie quotidienne. Chaque thème est développé selon un fil conducteur et met en scène des situations
concrètes. A cette fin, les supports et formes de l’écrit utilisés se veulent réalistes et variés : post it, agenda, cartes,
plans, sms, menus, petites annonces, …
Sauf exceptions tous les mots qui apparaissent dans le cours
sont susceptibles d’être lus par l’apprenant-e au niveau d’apprentissage auquel ils apparaissent. Les illustrations sont
nombreuses, particulièrement dans les premières séries.

Chaque série est accompagnée d’un CD audio reprenant les
consignes des exercices et des devoirs. L’apprenant-e reçoit à son
domicile une série à la fois. C’est l’envoi de l’ensemble des
devoirs d’une série qui conditionne l’envoi de la série suivante.
L’apprenant-e progresse de manière autonome dans le cadre
d’un autoapprentissage : les leçons sont accompagnées de
travaux d’autocontrôle (TAC) qui permettent à l’apprenant-e de vérifier l’assimilation de la matière.
La particularité de cette formation à distance repose sur les
échanges entre le/la tuteur-trice et l’apprenant-e. Il/elle
accompagne l’apprenant-e tout au long de sa formation à
l’aide d’entretiens téléphoniques hebdomadaires. Ces entretiens sont consacrés aux devoirs de chaque série et à des exercices oraux reprenant des points essentiels de la matière vue.
Ils permettent d’apporter une réponse aux difficultés rencontrées par l’apprenant-e lors de la réalisation des TAC
notamment. Le/la tuteur-trice a non seulement un rôle pédagogique, mais aussi un rôle de soutien et d’encouragement.
Modalités pratiques
Chacun peut s’inscrire à n’importe quel moment de l’année.
Lors de l’inscription, un-e Conseiller-lère se tient à la disposition des apprenant-e-s désireux-euses d’être orienté-e-s
dans leur choix. Pour le cours ALPHA, un entretien d’entrée en formation permet une première prise de contact au
cours de laquelle le/la tuteur-trice aura l’occasion de préciser les consignes générales de l’apprentissage.
Le coût lié à l’inscription s’élève à 37,50 euros, y compris les
supports de cours, le matériel audio et le suivi individualisé par
un-e tuteur-trice. Des dispenses du droit d’inscription sont
possibles notamment pour les demandeur-euse-s d’emploi.
L’Enseignement à Distance ne délivre pas de diplôme mais
une attestation de suivi de cours à la fin de la formation.

 

7.4 “ ALPHA-CULTURE ” : UNE LIGNE

PROGRAMMATIQUE POUR CONJUGUER

EXPRESSION ARTISTIQUE,

CITOYENNETÉ ET APPRENTISSAGE

 La Ministre de la Culture a décidé de lancer une ligne programmatique  « Alpha-Culture » destinée aux organismes
d’alphabétisation de la Communauté française Wallonie
Bruxelles. Ce programme s’inscrit dans le cadre des compé-
tences de l’éducation permanente et conforte les liens entre
culture, expression artistique, citoyenneté et les processus
d’apprentissage, particulièrement l’alphabétisation. Des projets seront soutenus dans ce cadre à partir de 2008.  
Plusieurs enjeux et constats ont conduit à définir cette nouvelle ligne programmatique.
Les enjeux principaux sont :
- la reconnaissance de l’importance des pratiques créatives
dans les processus d’apprentissage et donc l’intérêt de les
développer particulièrement pour des publics d’adultes
en apprentissage de base ;
- le développement des droits culturels, notamment l’accessibilité et la participation pour les publics les plus vulnérables socialement et économiquement, ce qui est
généralement la situation des personnes analphabètes.  
Le recours aux langages artistiques et l’accès à la culture sont
des enjeux essentiels dans le parcours de l’apprenant-e. Il ne
s’agit pas d’un détour par la culture ou d’un complément
culturel,  mais de soutenir une stratégie pédagogique centrée
sur les pratiques culturelles et artistiques qui entre pleinement dans le processus d’alphabétisation.  En effet, l’initiation à d’autres langages d’expression et aux pratiques créatives renforce l’aptitude de l’apprenant-e à reprendre
confiance en soi, à s’affirmer, à s’autonomiser et à investir la
formation en entrant de plein pied dans une approche positive alors que ces adultes sont souvent en manque de repères et en recherche d’identité. Ce type d’activité a aussi un
effet bénéfique sur la cohésion du groupe, permettant une
démarche collective, souvent ludique, et l’appropriation
d’un vécu commun. En outre, le travail d’alphabétisation
porte sur la langue, un outil culturel essentiel pour se situer
dans son environnement en tant que citoyen.
Les opérateurs d’alphabétisation ont d’ailleurs tous établi
l’importance d’intégrer une plus-value culturelle dans le
processus de formation des adultes en difficulté face à l’écrit.
Des organismes tels Lire et Ecrire, Alpha Mons Borinage, le
Collectif Alpha ou le Miroir vagabond en ont démontré
l’importance. Le passage par une pratique artistique produit
un effet structurant  permettant à la personne de mieux se
positionner dans le groupe et dans la formation. Ce qui
pourrait apparaître comme un luxe est en fait une action
essentielle pour mobiliser l’apprenant-e.
Ces actions culturelles peuvent intervenir à différents
moments de la prise en charge :
- en amont avant de commencer l’apprentissage pour
entrer en contact, explorer ses capacités et découvrir ses
compétences
- en parallèle pour consolider les acquis et élargir le
champ des possibles
- en aval pour remobiliser un-e apprenant-e confronté-e à
des difficultés, sujet-te au découragement et l’inciter à
ne pas abandonner sa formation en lui ménageant un
espace ludique où il est possible de retrouver confiance
dans son potentiel.
Le/la formateur-trice en alphabétisation est un-e généraliste et n’est pas armé-e pour mener, seul, ce type de projet
artistique.
Bien souvent, les moyens des opérateurs sont consacrés aux
formations elles-mêmes et la plupart des organismes n’ont
pas de ressources disponibles leur permettant d’engager,
ponctuellement, un partenariat de type artistique et de
financer une personne ressource extérieure pour assumer des
projets créatifs spécifiques et limités dans le temps.
Il est essentiel que ce volet culturel de l’action puisse être
mené avec des professionnels du monde de l’art, que ce
soient des animateurs-artistes, des institutions culturelles
ou des associations socioartistiques. Leur intervention
garantit la qualité de la prise en charge du groupe sur le plan
artistique puisqu’un-e spécialiste de l’une ou l’autre discipline intervient, apportant son savoir-faire dans un des
domaines choisis : arts plastiques, cinéma d’animation,
cinéma, littérature, théâtre, musique… Il est important
aussi que le projet puisse être relié à la formation en cours et
s’inscrire dans une approche dynamique de l’apprentissage.
Une collaboration constructive entre le partenaire alpha et
le partenaire culturel doit sous-tendre l’action.
Concrètement cette ligne programmatique sera ouverte aux
opérateurs d’alphabétisation reconnus ou agréés pour des
projets conçus et organisés en collaboration avec une structure socioartistique reconnue ou une personne ayant des
compétences reconnues dans le domaine artistique et pédagogique.
Les activités devront porter sur les pratiques artistiques en
lien avec un projet de formation en alphabétisation et être
développées avec la collaboration extérieure de personnes ou
d’associations spécialisées dans les domaines artistiques visés
par le projet.

 

7.5 UNE ENQUÊTE INITIÉE PAR LE SECTEUR

DE LA LECTURE PUBLIQUE :

L’ALPHABÉTISATION AU SEIN DES

BIBLIOTHÈQUES PUBLIQUES DE LA

COMMUNAUTÉ FRANÇAISE DE BELGIQUE

 En 2004-2005, Cléo Flament réalise, à l’ULB, un mémoire
dans lequel elle étudie le rôle de la bibliothèque publique
comme acteur d’intégration sociale d’adultes précarisés.
Elle s’attache plus particulièrement au cas de l’alphabétisation. Si elle note une attention particulière des bibliothèques
pour ces publics depuis les années 1980, elle relève aussi des
entraves à une collaboration fructueuse. Elle les explique par
des facteurs d’ordre historique, politique et psychologique.
Soucieux de poursuivre la réflexion, de mieux identifier les
expériences de terrain et d’en connaître les points forts et les
points faibles, le Service de la Lecture publique décide de
mener une étude pour approfondir sa réflexion sur ce public
d’apprenant-e-s qui ne fréquentent guère spontanément les
bibliothèques. L’objectif est de voir quelles stratégies adopter pour amener ces lecteur-trice-s potentiel-le-s, en difficulté face à l’écrit, à utiliser l’outil culturel « bibliothèque ».
L’Administration dispose des rapports d’activités que les
141 réseaux d’opérateurs locaux déposent chaque année.
L’analyse de cet inventaire permet d’identifier 48 opérateurs qui signalent, au moins, avoir eu un partenariat avec
un groupe d’apprenant-e-s.
En 2006, le Service de la Lecture publique commande une
enquête qualitative au Centre d’études sociologiques des
Facultés universitaires Saint Louis afin de mieux cerner « les
relations et les représentations qu’ont les acteurs du monde
de l’alphabétisation et du monde des bibliothèques les uns
des autres ». Les professeurs Jean-Pierre Delchambre et
Abraham Franssen sont les promoteurs de cette recherche
confiée à Emmanuelle Lenel.

La première partie de l’enquête a été rapidement terminée.
Il s’agissait d’envoyer un petit questionnaire aux réseaux
qui avaient indiqué dans leur rapport d’activité participer de
quelque manière que ce soit à des actions dans le domaine
de l’alphabétisation. Les réponses d’une trentaine de bibliothèques sur 44 questionnaires envoyés ont permis d’avoir
une première idée sur ce qui était fait dans le domaine de
l’alphabétisation en bibliothèque mais elles ont également
aidé Emmanuelle Lenel à nouer un certain nombre de
contacts…
Les résultats de cette enquête sont attendus pour la fin de
l’année 2007…

 

LISTE DES PRODUITS